Les conséquences dramatiques d'un retard de diagnostic lié à l'absence de vérification de la glycémie du patient en surveilllance postopératoire...
Lettre adressée au procureur de la République (novembre 2001) par le fils du patient pour demander l’ouverture d’une enquête sur les causes du décès de son père.
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Lettre adressée au procureur de la République (novembre 2001) par le fils du patient pour demander l’ouverture d’une enquête sur les causes du décès de son père.
L’expert désigné par le procureur de la République, médecin généraliste et médecin légiste, concluait, sur dossier, qu’« aucune faute médicale n’avait été commise ».
En juin 2004, le procureur de la République écrivait au fils du patient que : « (…) Les investigations s’orientaient vers une cause naturelle de décès qui serait due à des complications survenues à la suite d’une opération pour un début de péritonite. Un diabète mal suivi aurait pu jouer un rôle déterminant dans la survenance du décès. Le médecin légiste excluait toute faute de la part du personnel hospitalier (…) ».
La procédure était classée sans suite.
Assignation, en avril 2007, de l’anesthésiste, du chirurgien, de la clinique et du centre de réanimation par le fils du patient,en réparationdu décès du son père.
L’expert, professeur des universités, chef de service de nutrition, maladies métaboliques et endocrinologie estimait : « Il n’y a pas eu de faute caractérisée stricto sensu mais un défaut de diagnostic ». On peut reprocher à l’anesthésiste et au chirurgien : « 1) d’avoir méconnu le diabète du patient et/ou de ne pas s’être donné les moyens de le mettre en évidence à temps ; 2) d’avoir tardé à reconnaître leʺ comaʺ hyperosmolaire en voie de constitution dont les éléments annonciateurs étaient la soif et l’installation progressive d’une insuffisance rénale dans un contexte d’iléus et de fièvre ». L’expert ajoutait que : « (…) Le patient lui-même, particulièrement digne de foi de par sa profession de chirurgien avait, peut-être, participé à cette méconnaissance du diabète en minimisant celui-ci en le qualifiant deʺ prédiabète« lors de la consultation d’anesthésie (…) ».
Pour les personnels concernés de la clinique, l’expert relevait un « manque » concernant la glycémie prescrite le 25 mai : soit par absence de réalisation du prélèvement sanguin nécessaire au dosage, soit par non-transmission du tube au laboratoire, soit par non-réalisation du dosage, soit enfin par absence de transmission et/ou de récupération du résultat de cette glycémie. « (…) Ce dosage aurait pu faire reconnaître le diabète avant même l’intervention et changer le mode de surveillance ultérieure du patient (…) »
Pour les personnels du centre de réanimation, il fallait relever seulement : « (…) une utilisation des diurétiques, administrés sur prescription médicale, inappropriée compte-tenu de l’état de déshydratation, erreur vite corrigée après avis sollicité du néphrologue (…) ».
Jugement du TGI (juillet 2011)
Les magistrats estimaient qu’une faute avait été commise par l’anesthésiste et le chirurgien : « Il s’agit d’un retard de diagnostic lié à la carence à faire procéder à la vérification de la glycémie du patient, alors qu’ils étaient tous les deux en charge de la surveillance postopératoire du patient et que la mention ʺ prédiabèteʺ était indiquée dans le dossier médical du patient, ce qui aurait dû les alerter. Compte-tenu de l’enchaînement de l’évolution postopératoire, cette faute a fait perdre au patient une chance de survie. Cette perte de chance est très importante car la non-prise en compte du diabète a entraîné un suivi totalement inapproprié pendant cinq jours. Avec un suivi approprié, l’ensemble des complications auraient pu être sinon évitées, certainement jugulées ».
Le tribunal condamnait, in solidum, le chirurgien et l’anesthésiste à réparer la totalité du préjudice subi par les ayants droit.
Indemnisation de 46 000€.
Le Sou médical groupe MACSF avait demandé à l’un de ses conseillers, professeur d’université, chef de service d’anesthésie-réanimation d’analyser ce dossier. Ses conclusions étaient les suivantes : « (…) Il apparaît que la ʺréanimationʺ postopératoire a été assez grossière, non ciblée, que le patient a été sous-compensé et qu’il a évolué vers un état grave de déshydratation avec hyperosmolarité. Mais la question fondamentale que l’équipe médicale aurait dû se poser dès le 28 mai, soit 48 heures après l’intervention, était la raison d’un tel déséquilibre chez un patient qui était en bon état général et apyrétique avant une chirurgie assez banale. Si l’exérèse avait été suffisante pour éradiquer le foyer infectieux, le patient n’aurait pas dû avoir de fièvre dans les suites et aurait dû reprendre son transit rapidement. Cela n’a pas été le cas et le patient a continué de se dégrader. Une reprise chirurgicale s’imposait, par laparotomie, dès le 28 mai, pour s’assurer qu’il n’y avait pas persistance d’un foyer infectieux. Il est, en effet, bien connu des équipes anesthésico-chirurgicales qu’une complication opératoire chez un patient qui n’avait pas de facteurs de risque avant l’intervention, est la cause principale d’une décompensation métabolique ou respiratoire postopératoire ou de l’inefficacité de la réanimation. La seule solution est la reprise chirurgicale sans tarder (…) ».
il serait mieux tenir compte les complications post operatoire en cas d'une peritonite secondaire.