Appendicectomie chez une enfant de 11 ans. Sortie à J4 et décès à domicile à J7… le syndrome du 5e jour ?
Plainte pénale pour homicide involontaire déposée par les parents de l’enfant.
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L’expert désigné par le juge d’instruction, professeur des universités et chef de service de chirurgie générale et digestive, rappelait qu’ « (…) Après toute appendicectomie, et notamment celles qualifiées au plan anatomo-pathologique de gangréneuses, a été décrit le syndrome dit ʺ du 5ème jourʺ. Cette complication bien connue, notamment chez l’enfant, se caractérise par l’apparition, le 5ème jour postopératoire de douleurs abdominales avec des signes d ‘irritation péritonéale qui amènent généralement à une exploration chirurgicale, celle-ci révélant la présence de pus dans la cavité abdominale, sans qu’il y ait de désunion de la ligature ou de la suture du moignon appendiculaire. Le lavage de la cavité péritonéale et une antibiothérapie active sur les germes aérobies et anaérobies amènent habituellement la guérison (…) » Il concluait que : « (…) Le décès de l’enfant était lié à une péritonite postopératoire, encore appelée ʺsyndrome du 5ème jourʺ. Le chirurgien, nonobstant une prise en charge initiale et postopératoire immédiate conforme aux règles de l’art, a, par la suite, non respecté les règles de l’art et les données acquises de la science, en laissant sortir trop tôt l’enfant sans s’assurer de l’absence de phénomène infectieux latent (leucocytose, voire CRP) et de la possibilité d’être joint téléphoniquement en cas d’urgence, sans laisser de message ad hoc. Son secrétariat avait fait preuve de négligence et d’imprudence, en donnant un rendez-vous trop tardif et sans prévenir le chirurgien.
Quant au médecin traitant, il n’avait pas respecté les règles de l’art et les données acquises de la science, en prescrivant un traitement antispasmodique sans avoir examiné l’enfant (…) »
Le chirurgien contestait en totalité les conclusions du rapport d’expertise le concernant. Il produisait, à cet effet, une contre-analyse de l’observation faite par un professeur d’université, chef de service de chirurgie pédiatrique qui s’appuyait notamment sur des statistiques et des recommandations de l’Agence Technique de l’Information sur l’Hospitalisation et de la Société Nationale Française de Gastro-Entérologie :
1) Péritonite postopératoire et syndrome ʺ du 5ème jourʺ sont deux situations tout à fait différentes : dans le second cas, on ne trouve généralement « qu’une goutte de pus en regard du moignon appendiculaire » ce qui était tout à fait différent de ce qui avait été constaté chez l’enfant. En outre, ce syndrome n’est pratiquement jamais une cause de mortalité postopératoire
2) Les données scientifiques ne permettent pas d’imposer une durée minimum de surveillance : en France, en 2004, la durée moyenne d’hospitalisation en cas d’appendicectomie était, en moyenne, de 3,82 jours.
Le chirurgien qui avait examiné l’enfant chaque jour, avait autorisé sa sortie au bout de 4,5 jours eu égard à son état clinique (apyrexie, reprise du transit intestinal et examen clinique de l’abdomen normal). L’absence de dosage de la CRP en postopératoire, dans ce contexte favorable, ne peut sérieusement être reprochée au chirurgien, d’autant que la leucocytose était revenue dans les limites de la normale du laboratoire.
3) L’antibiothérapie (Augmentin®) administrée par l’anesthésiste dès le début de l’intervention était parfaitement conforme aux recommandations scientifiques. Le chirurgien avait, d’ailleurs pris un excès de précaution en poursuivant la prise de cet antibiotique en postopératoire. Ce traitement a-t-il été correctement suivi ? On peut en douter puisque la mère de l’enfant signalait que revenue à domicile, sa fille était sous Amoxicilline. Si ce fait était vérifié, il pourrait expliquer la survenue et la gravité de l’évolution de la péritonite. En effet, l’Amoxicilline n’a pas d’efficacité dans ce type de complication.
Par ailleurs, l’avocat du chirurgien demandait qu’une vérification soit faite auprès de France TELECOM pour confirmer les appels reçus ou non par son client.
Le juge d’instruction ayant pris connaissance de ces observations, ordonnait un complément d’expertise
L’expert admettait que: « (…) La sortie de l’enfant au 4ème jour postopératoire était envisageable, nonobstant une hyperleucocytose à la limite de la normale la veille de la sortie. Toutefois, il aurait été prudent de refaire un nouveau contrôle de la leucocytose le jour du départ de la patiente, afin de s’assurer de sa diminution. Le dosage de la CRP n’était pas nécessaire (…) » Il ajoutait partager l’avis que « (…) La menace d’une péritonite n’était pas plus élevée chez cet enfant que chez tout autre opéré d’appendicite aiguë (…) »
Pour l’expert, « (…) Il n’y avait pas de confusion entre ʺsyndrome du 5ème jourʺ et ʺ péritonite postopératoireʺ. Toutefois, si le ʺsyndrome du 5ème jourʺ, n’est pas traité ou traité de façon inadéquate (l’Amoxicilline n’étant pas un traitement conforme aux données de la science), il peut évoluer vers une péritonite postopératoire, ce qui a vraisemblablement été le cas chez cet enfant (…) »
Après avoir pris connaissance de ce complément d’expertise, le juge d’instruction estimait qu’: « (…) Il ne ressortait pas de l’information suffisamment d’éléments pour retenir le chirurgien et le médecin traitant dans les liens de la prévention.
Il résultait notamment des conclusions du rapport complémentaire de l’expert qu’aucun manquement ne pouvait être relevé à l’encontre du chirurgien.
Concernant le médecin traitant, s’il était établi qu’il avait commis un manquement en délivrant une prescription médicale sans avoir ausculté la patiente au préalable-- ce qui est susceptible de constituer une faute civile voire disciplinaire --, la certitude du lien de causalité --quand bien même serait-il indirect --sur le décès de l’enfant n’est pas affirmée ; qu’il n’est pas démontré qu’un examen pratiqué par le médecin traitant aurait permis d’éviter le décès de l’enfant , qu’en d’autres termes les négligences imputables au médecin traitant n’ont pas de lien causal certain avec le décès de l’enfant (…) »
Les parents faisaient appel de cette Ordonnance de Non-Lieu.
La cour d’appel confirmait l’ordonnance de non-lieu.
Assignation du chirurgien et du médecin traitant par les parents de l’enfant pour indemnisation de leur préjudice (décembre 2011).
Les magistrats civils retenaient que : « (…) Le chirurgien avait laissé sortir l’enfant opérée d’une appendicite aiguë le 4éme jour, alors qu’une complication bien connue, notamment chez l’enfant, apparaît le 5éme jour et doit donner lieu à une antibiothérapie adéquate, voire à une nouvelle intervention. En ne procédant pas au contrôle de la numération sanguine et au dosage de la CRP permettant de s’assurer de la disparition de l’état septique intense encore relevé la veille, le chirurgien n’a pas apporté toute la diligence et l’attention nécessaire à son obligation contractuelle. Il a commis une faute en permettant cette sortie prématurée, sans sensibiliser les parents sur ce risque. En revanche, il n’est pas établi qu’il ait été injoignable. Par ailleurs, aucune faute de son personnel d’accueil ne peut être caractérisée, les parents n’assurant pas avoir informé la secrétaire, des symptômes et de l’urgence à obtenir une consultation avant la fin de la semaine. De même, il est impossible d’établir une faute dans le choix de l’antibiotique puisque le compte-rendu opératoire mentionne un traitement probabiliste licite (Augmentin®), mais celui administré par les parents (Amoxicilline) était inadapté à ce type d’infection.
Quant au médecin traitant, le fait de donner à la mère, une ordonnance sans examiner l’enfant, l’a privé de la possibilité de diagnostiquer ce syndrome bien connu et lui a fait perdre la chance de prendre les décisions médicales urgentes qui s’imposaient.
En raison de l’évolution rapide de cette pathologie infectieuse, la perte de chance de survie doit être évaluée à 60 %. L’expertise judiciaire n’ayant pas permis de déterminer les parts de responsabilité imputables au chirurgien et au médecin traitant, ils seront tous deux condamnés, in solidum, à la réparation du dommage (…) »
Indemnisation de 17 900 € dont 14 000 € au titre du préjudice moral des parents.
La référence princeps de la complication évoquée dans cette observation est la suivante :
PELLERIN D. : Le syndrome péritonéal du cinquième jour après appendicectomie chez l’enfant. Chirurgie 1961, 87 : 518-25
Appendicectomie chez une enfant de 11 ans. Sortie à J4 et décès à domicile à J7… le syndrome du 5e jour ?