La pandémie de Covid-19 ne ressemble à aucune pandémie antérieure. L'augmentation des voyages internationaux, la facilité de transmission et la variabilité des symptômes ont entraîné un taux de propagation sans précédent. La nécessité d'une distance physique a conduit à une adoption rapide des solutions de télésanté à l'échelle mondiale.
La télésanté se décline sous quatre formes (Halpren-Ruder, 2018) :
La télésanté est une des réponses au nombre croissant de patients atteints de maladies chroniques qui survivent depuis des décennies grâce au rythme élevé de l'innovation médicale.
Les systèmes de santé subissent (en lien avec ces progrès) des exigences toujours plus complexes entraînant des coûts plus élevés, sans parler d’une augmentation des inégalités d’accès dans les territoires (isolement géographique, démographie médicale) et du vieillissement massif (Amalberti, 2019).
En réalité, la télémédecine était considérée depuis déjà plus d’une décade comme une des réponses à ces défis (McKinstry, 2009, Patient .CO.uk 2010), mais la mise en pratique a tardé fortement, donnant plutôt lieu à une littérature de défense corporatiste : trop de risques, trop de pertes de sens, trop de difficultés techniques, pas assez de financement.
On peut dire que la pandémie de Covid-19 a servi de révélateur et d’accélérateur de ce qui n’était encore qu’une promesse en devenir.
Pour donner un exemple concret, les téléconsultations, pourtant remboursées et officielles, représentaient moins de 1 % des consultations en janvier 2020 pour plusieurs systèmes d’assurances privés aux USA. Elles ont représenté 70 % des consultations de médecine générale remboursées aux USA en mai 2020 (Wosik, 2020).
Dans de nombreux pays, le suivi des patients s’est converti tout aussi largement à la surveillance à distance.
Les patients sont renvoyés chez eux rapidement à la sortie de l’hôpital avec des appareils de mesure, tels que des oxymètres de pouls, et des instructions sur l'autogestion pour minimiser la charge sur les systèmes de soins.
De même, beaucoup d’hôpitaux ont mis en place des collaborations et assistances techniques à distance entre médecins, allant jusqu’à la pratique des réunions de concertation virtuelles.
Les technologies pour soutenir la télésanté prolifèrent, notamment les appareils portables, les téléphones intelligents et les maisons instrumentées (intelligentes).
Les maisons intelligentes peuvent être équipées de capteurs environnementaux et personnels qui sont interconnectés à l'aide de l'Internet des objets (IoT). Ceux-ci peuvent surveiller la santé des patients et envoyer des messages lorsque des situations d'urgence sont détectées.
Les coûts de ces appareils diminuent et une quantité presque illimitée de données peut être stockée et analysée. De nouvelles méthodes de capture, de conservation et d'analyse des données sont en cours d'élaboration.
Beaucoup de ces changements resteront pérennes au-delà du COVID.
Sans oublier que pour nombre de particuliers, la pandémie a aussi été l’occasion d’un apprentissage et conduit à une meilleure maîtrise de l'informatique.
Tout comme le Covid-19 a accéléré le niveau d’éducation numérique, la télésanté peut accélérer le niveau d’éducation général en santé.
Tous ces changements éliminent les obstacles à la télésanté et créent une occasion importante de repenser les rôles de cette télésanté au-delà du COVID (Fagherazzi, 2020).
La littérature est convergente pour associer un impact positif à la télésanté sur la sécurité des patients et les résultats cliniques, avec même paradoxalement des bénéfices supérieurs à ceux à la médecine de contact (en tous cas pour les pathologies standards) (Agboola 2016).
Mais le succès à terme de la télésanté ne saurait être réduit à une question de technologie : elle nécessitera des changements dans les méthodes de travail et de conservation des données, y compris dans les modalités de financement de la santé. C’était justement ce qui n’avait pas changé avant le COVID et qui avait bloqué le déploiement (Wherton, 2020), et c’est toujours un défi.
La télésanté comporte des risques, notamment une potentielle aggravation de la fracture numérique (couverture web inégale, zones blanches ou grises, culture informatique déficiente, équipement informatique individuel), le risque de bugs multiples, et bien plus encore les failles de sécurité.
Les futures plates-formes de télésanté devront être suffisamment sécurisées, fiables et flexibles pour répondre aux exigences réglementaires, professionnelles et des organisations de soins de santé. Elles devront aussi être mises à jour régulièrement, et on est loin d’avoir démontré ces qualités.
Les résultats et les expériences de la télésanté dépendent des détails de la conception et de facteurs tels que l’éducation en santé, l’éducation numérique et la qualité de l'intégration aux parcours de soins cliniques.
Pour réaliser le plein potentiel de la télésanté, les patients et les professionnels devront aussi faire confiance aux systèmes numériques pour garder les informations médicales privées et sécurisées. Les derniers systèmes de sécurité et de cryptage des données devraient être rapidement déployés pour protéger la confidentialité des patients.
Les patients doivent être conscients des choix de confidentialité qu'ils font pour garantir la sécurité des données et éviter la divulgation d'informations personnelles sensibles sur les patients.
Pour déterminer la politique de partage des données, les intérêts de l'individu doivent être mis en balance avec les intérêts de la population. On sait déjà que les gens de cultures différentes les apprécient généralement différemment (Blandford, 2019).
Pour optimiser l'inclusion numérique, les solutions de télésanté doivent aussi être faciles à utiliser et à entretenir et d’un coût maîtrisé tant pour les particuliers que pour les organismes de soins de santé, ce qui peut nécessiter des changements stratégiques dans les modèles de financement (des consultations, des conseils téléphoniques, des dispositifs de surveillance à domicile, etc).
Discutant l’hypothèse de services de soins primaires virtuels, Wharton (2019) note que "les preuves de leur effet sur les résultats cliniques et la qualité des soins sont rares". La principale valeur de la télésanté pourrait ne pas être l'amélioration immédiate des résultats cliniques mais l’obtention de soins de santé de qualité équivalente à un meilleur coût.
Il paraît possible d'appliquer ces solutions de télésanté à l'échelle internationale pour réaliser de réelles économies d'échelle.
Pour réaliser les avantages à long terme de la télésanté, les organisations devront collaborer et savoir ce qui fonctionne bien, où, quand, pourquoi et comment. Les gouvernements doivent aider l'industrie à développer et tester de nouvelles solutions de télésanté qui sont à la fois sûres et agiles (Abimbola, 2019).
Enfin et quel que soit l’avenir prometteur de la télésanté, il est important de se rappeler que cette solution ne supprimera en aucun cas la nécessité d’examens et d’interventions physiques, ni le côté contact humain de la relation médicale.
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